
Dans une démarche expérimentale, deux espèces de plantes carnivores ont été plantées dans la tourbière du jardin de l’Arc Jurassien, espace de sensibilisation à la préservation des écosystèmes fragilisés de cette région. Fascinantes, rares et insolites, elles s’épanouissent en milieu humide et acide, caractéristique de la tourbière. Elles forment alors des pièges étonnants pour se nourrir d’insectes…

Pourquoi les planter dans une tourbière ?
Avec la falaise à proximité, sculptée par l’artiste Guillaume Duc, la tourbière d’une surface de 100m2 et d’un mètre de profondeur, est sans aucun doute l’élément phare de ce jardin. Elle est l’incarnation d’un milieu fragile et constitue une des solutions aux enjeux planétaires s’agissant de la captation du carbone. Étanche, remplie de bois et couverte de tourbe, elle se comporte comme une véritable éponge, conservant de façon optimale l’humidité.
C’est dans ces milieux détrempés, pauvres en minéraux, que les plantes carnivores trouvent leur épanouissement. Mesurant aujourd’hui environ 30 centimètres, leur taille doublera pour atteindre les 60 à 70 centimètres l’année prochaine, si elles s’adaptent à leur nouvel environnement. Considérées comme invasives dans le Jura, la plantation de ces espèces dans le jardin de l’Arc Jurassien est une expérimentation maîtrisée et contrôlée.

D’ingénieux pièges pour se nourrir
Pour se nourrir, les plantes carnivores ont besoin de trois substances : le potassium, le phosphore et l’azote. Dans un milieu pauvre en nutriments et rare en azote comme la tourbière, ces plantes extraordinaires ont trouvé d’autres moyens de s’en procurer. Elles trouvent dans leurs proies, essentiellement des insectes (mouches, abeilles, frôlons…), les protéines animales dont elles ont besoin et quelques minéraux dans le substrat sur lequel elles poussent.
Pour parvenir à attraper les insectes, elles forment alors deux types de pièges. Dans un piège dit « passif », les insectes sont attirés, puis piégés, sans que la plante ne bouge. Les moucherons, attirés par le parfum et l’odeur sucrée des feuilles, y restent collés, un peu comme sur du papier tue-mouche. La plante, ensuite, n’a plus qu’à les manger. Pour les pièges plus complexes dits « actifs », les plantes sont capables de mouvement.

Piège passif : La Sarracenia Hybride
Elle possède des feuilles enroulées en cornets, appelés urnes. L’eau de pluie s’accumule au fond, et la plante sécrète un nectar, sucré et odorant. Quand un insecte, attiré par le nectar, entre dans l’urne, il tombe au fond et se noie. L’intérieur de l’urne est couvert de petits poils qui empêchent l’insecte de remonter.

Piège actif : La Dionée
L’extrémité de ses feuilles est transformée en piège à mâchoires, un peu comme un piège à loup. Quand un insecte s’approche et se pose, la plante se referme et l’insecte est capturé. Le piège ne se rouvrira que quelques jours plus tard, le temps que l’insecte soit totalement digéré par les enzymes que la plante sécrète.
Cette capacité à se nourrir d’êtres vivants et créer d’ingénieux pièges nous rendent ces plantes fascinantes. Notre imagination nous laisse croire que si elles étaient plus grandes, nous pourrions aussi être leurs proies. Nul doute qu’elles éveilleront la curiosité de nos visiteurs, petits et grands.





Laisser un commentaire